Le plaisir au travail est la clé de la performance de l’entreprise et de la santé des salariés.
Correspondant de presse écrite dans deux journaux locaux, la question du plaisir au travail m’intrigue et m’interroge, sans doute parce que j’aime beaucoup ce que je fais. Je ne peux me résoudre à croire que nous sommes rares dans mon cas. Je suis persuadé que de nombreuses personnes trouvent du plaisir dans leur activité. J’ai évoqué ce sujet avec Rémy Julienne, le plus célèbre cascadeur du cinéma français. Il a à son actif quelques 1.400 productions et s’est reconverti dans la mise en scène. A 80 ans sonné, Rémy Julienne ne semble pas pressé de s’arrêter. Car le plaisir est resté intact…
- « Rémy, quelle place a occupé le plaisir dans votre vie ?
J'ai lu dans le livre du Dr Philippe Rodet, « Se libérer du stress, un médecin urgentiste raconte », que le plaisir était à la fois un moyen de réussite et de lutte contre le stress. Je l’ai recherché dans ma jeunesse, avant de devenir cascadeur, lorsque j’effectuais des travaux rébarbatifs. J’étais chauffeur, mais la manutention m’ennuyait et je voulais faire de la moto. Conduire était une occupation entrant dans mes vues, et j’ai toujours essayé de mettre à profit les heures que je passais au volant pour réfléchir, penser. Parfois je m’arrêtais pour écrire ce que je trouvais une idée intéressante. Quant à la manutention, elle me permettait de me faire les muscles, ce qui, me disais-je, me servirait plus tard pour le sport et la moto. A ce moment là, j’ai alors pris du plaisir.
- Que signifie-t-il pour vous ?
Le plaisir est un moyen d’aimer son travail, même s’il est contraignant, car j’ai toujours eu en moi le désir d’aller chercher autre chose. Là était ma motivation, et le plaisir venait. Lorsque dans un travail contraignant, l’on voit le but final, à quoi va servir ce que l’on fait, on implique le plaisir. En compétition de motocross je voulais toujours être le meilleur.
- Cette soif de progresser vous a amené très loin. De quelle manière ?
A mes débuts dans mon métier, je réalisais des évolutions habiles qui se terminaient par des cascades effectuées par des spécialistes. J’étais curieux de tout et je posais mille questions : pourquoi dispose-t-on telle caméra ici, plutôt que là ? De quelle manière faut-il filmer une même scène à quelques heures d’intervalles, sans que l’on s’aperçoive que la lumière du jour a changé ? C’est ainsi que je me suis formé à la technique. Cette curiosité chacun peut l’avoir, quelque soit le domaine. Et une curiosité en amène une autre.
- La curiosité est donc pour vous source de plaisir. Comment vous a-t-elle servi à vous reconvertir ?
Dans le cinéma, ma hantise était de me trouver devant le vide en vieillissant. C’est pour cela aussi que j’ai appris la technique de fabrication d’un film. Cet acquis m’a donné un plus incontestable, par rapport à d’autres cascadeurs, pourtant très talentueux. J’ai ainsi appris à adapter les cascades à l’esprit d’un film, comme par exemple dans la série des Gendarmes, avec Louis de Funès et Michel Galabru. J’ai appris tout le temps et en cela j’ai pris du plaisir. Et lorsqu’il faut boucler un film, en respectant les délais, le cahier des charges et que la reconnaissance est au bout, alors croyez moi, le plaisir est immense. »